La France a certes changé de politique à l'égard de la Turquie depuis le début du XXe siècle, mais après avoir rêvé de ce tailler une part du gâteau en attaquant et en annexant une partie de l'Empire ottoman, la voilà aujourd'hui frileuse pour intégrer un pays dans l'Union à laquelle elle appartient également...
En d'autres termes, la France était autrefois d'accord d'incorporer une partie de la Turquie dans ces territoires coloniaux, pudiquement appelés "protectorats", mais incorporer aujourd'hui, une partie des mêmes territoires dans une Union Européenne démocratique où les citoyens (Turcs ou autres), seraient égalitaires, ça, la France et les Français, ne sont pas prêts d'avaler la pilule.
De qui se moque-t-on ?
Le Français moyen n'a pas un avis bien éclairé sur la Turquie et à part quelques clichés démodés, l'information sur ce pays n'est pas souvent en tête d'affiche dans le pays de Molière. Et puis et surtout, comment s'y retrouver dans des discours de politiciens qui accusent souvent la Turquie de tous les maux, en détournant expressément l'attention sur des faits tragiques des pages noires de l'histoire d'Europe ?
Certains accusent :
Ainsi, le sport national français est en passe de devenir le mensonge poticien.
L'ex-président français Giscard d'Estaing, n'hésite pas à dire que les Turcs n'ont rien à faire en Europe (Union européenne). Pourtant, quand il était président, il n'a lui, pas hésité à prendre dans son gouvernement un ministre turc : Madame Françoise Giroud.
Il continue par dire qu'Ankara (Angora des Arméniens), n'est pas en Europe, mais en Asie Mineure, ce qui n'est pas faux en soi. Par contre, ce qu'oublie volontairement de dire Monsieur D'Estaing, c'est que toute la culture européenne a ses racines en Asie Mineure. De plus, la province "Asie", qui a donné le nom à tout un continent dont les Indo-européens sont originaires, a été créée par les Grecs. Cette province n'était autre, que la région d'Izmir (d'où sont originaires Dario Moreno, Onassis et Balladur). L'Asie Mineure est donc une partie intégrale de l'Europe.
Autres petits mensonges qui tuent :
Certains politiques et bien-pensants de France, accusent encore aujourd'hui la Turquie d'avoir une politique non démocratique face aux Kurdes, tout en reconaissant, comme les gouvernements européens, le PKK (ex-parti des Travailleurs Kurdes), comme groupe terroriste illégal. Hors, si ce groupe terroriste est illégal, pourquoi a-t-il pignon sur rue en France ? Pignon sur rue, cela veut également dire que cet ex-parti propage une propagande contre la Turquie.
Groupe ethnique français
Dans les plus ardants opposants à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne, les Arméno-Français sont les plus violents. Il s'agit d'un groupe ethnique présent en France depuis le Moyen-Age, mais très nombreux depuis les massacres commis par les Ottomans en 1915. Regroupé en Association loi 1901, ce groupement a des visées politiques très claires : prendre une revanche sur les Turcs (à défaut d'Ottomans) et empêcher la Turquie de rejoindre l'Union, par tous les moyens. Hors, il s'agit d'un faux combat dont la minorité arménienne de Turquie se distance à corps et à cri. En effet, cette communauté, par la voix de ses associations culturelles et religieuses, dont le patriarcat grégorien, affirme sa volonté à voir la Turquie rejoindre l'Union Européenne dans les meilleurs délais. En effet, les Arméniens de Tuquie estiment que, si la Turquie doit régler quelque chose avec le passé ottoman, elle le fera plus aisément dans une Union européenne qu'en dehors.
Affaire de Chypre
On sait que l'intervention de l'armée turque à Chypre a eu des effets très positifs pour la démocratie en général, puique cela a provoqué la chute de la dictature des Colonels en Grèce. Cette intervention, unanimement condamnée par la communauté internationale de l'époque, a eu aussi comme effet de sauver une communauté chypriote-turque largement en péril en 1974. Comme aucune solution n'a été trouvée depuis 30 ans afin de régler ce problème, l'armée turque stationne toujours dans le Nord de l'île qui est aussi sous embargo international (ce qui a empêché un développement économique normale dans cette région).
Le gouvernement (non reconnu internationalement) de Chypre du Nord ainsi que le gourvernement turc, ont accepté le plan de réunification de l'île de l'ONU. Sous pression des fondamentalistes reglieux (chrétiens) et de l'Eglise chypriote, les orthodoxes du Sud de l'île ont refusé massivement cette réunification, alors que le Nord, l'acceptait à plus de 90%.
La réunification de l'île n'a pas été une condition pour la partie Sud, à rejoindre récemment l'Union Européenne.
Le réglement de l'occupation de l'île par l'armée turque, était autrefois, une condition pour la Turquie a rejoindre l'Union européenne. L'acception du plan de l'ONU par Ankara était encore une fois, une marque de bonne volonté, refusée par les Grecs et les Chypriotes et les Eglises de ces deux pays officiellement orthodoxes.
L'islam en Europe ?
C'est un faux débat que les Turcophobes de France et de Navarre, utilisent souvent pour faire peur aux citoyens lambda. Pour commencer, la Turquie n'est pas un pays musulman. Elle n'a même pas de religion officielle. La Turquie, c'est un Etat laïc, il y en a deux autres en Europe : le Portugal et la France. C'est donc un exemple à suivre pour le reste des pays européens.
L'islam tient toutefois une place importante dans la vie des Turcs, puisque c'est la religion à laquelle se référe une grande partie de sa population.
NB : L'islam est une religion européenne depuis le IXe siècle. Autrefois principalement représenté dans le Sud du continent (Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Macédoine, Bosnie-Herzégovine, Albanie, Serbie, Hongrie, Grèce, Chypre, Crète et Turquie), l'islam a progressé surtout en Angleterre, Allemagne et France. Dorénavant, l'Union Européenne possède des citoyens musulmans. Il s'agit d'un état de fait et non d'une décision à prendre. Malgré l'intolérence religieuse (d'origine occidentale), qui règne dans l'Union européenne, on peut tout à fait imaginer que plusieurs religions y cohabitent, comme autrefois dans l'Empire ottoman.
Le parti politique actuellement au pouvoir en Turquie est d'inspiration musulmane. Il ne s'agit en aucun cas d'extremisme quelconque. Ce parti est tout à fait comparable à la démocratie chrétienne en Italie, il n'y a donc pas lieu de faire un faux procès à ce gouvernement, qui s'en tire plutôt bien jusqu'à présent, en comparant avec ses prédécéseurs.
Conclusion :
En fait, la Turcophobie librement exprimée en France aujourd"hui par le biais de livres purement racistes dont il est inutile de faire la plubicité ici (mais dont un, parle du cheval de Troie - Asie Mineure), et par différentes conférences organisées par des extremistes de tous poils, est le résultat d'un jeu politique plutôt décevant. Mais il est urgent de mobiliser l'opinion publique et de dénoncer cet état d'esprit qui rappelle l'Affaire Dreyfus,il y a 100 ans. La France n'a-t-elle que si peu évolué ?
PS : Je tiens à souligner que, personnellement, je suis contre l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne, mais évidemment, pour d'autres raisons.